Ecrire mon monde

Mes mots au fil des jours, mes phrases pour partager, des pages pour aller vers ce roman.

2 francs

1988, 13H20, un jour de printemps…

Mes parents m’ont donné deux francs.

Je cours, maintenant, en serrant très fort cette pièce argentée. La côte qui mène à l’école ne me fait pas peur et je ne crains plus rien dorénavant.

J’arrive, essoufflé, devant le «Farfadet», nom improbable du magasin situé sous les fenêtres de ma classe.

Dans dix minutes ça sonne et aujourd’hui, je vais m’acheter des bonbons. J’entre et l’odeur m’enrobe de plaisir. Face à moi des merveilles de toutes les couleurs illuminent mon visage.

Je tends cette pièce devenu clef pour le paradis.

Dans ce petit sachet de plastique transparent, il y aura:

Un sachet de Pipas – 80cts

Une boule magique – 50cts

Un crocodile – 20cts

Un coka – 10cts

Un schtroumpf – 20cts

Un fil à la fraise – 20cts

Mon merci brille avec le plus naïf des sourires et je ressors, ainsi, sur une trop belle journée. On me crie des «s’te plaît!» comme je le fais si souvent. Je passe et réserve ce don à mes amis de Brillat.

Sur le trottoir, mon crocodile rouge est englouti en fermant les yeux. On ne pourrait rien de trouver d’aussi doux et sucré que cet animal si dangereux dans la vraie vie des grands. J’essaie de le garder le plus longtemps possible pour que la saveur se grave à jamais dans mon esprit.

Mon sachet est dans ma poche par crainte de cracher aux yeux de tous cette chance d’avoir pu conquérir ces trésors. Je m’écarte de la foule d’écoliers en perpétuel mouvement pour m’asseoir sur les marches d’une entrée d’un immeuble juste à côté.

Le Schtroumpf colore davantage mon palais et son goût légèrement fruité m’élève au plus haut. En plus j’ai eu un grand Schtroumpf et c’est le meilleur!

Il est bientôt l’heure et je donne mon Coka à un ami du bâtiment qui s’approche. Le fil sera pour deux autres potes à la récréation.

Je mets la boule magique dans ma bouche et attends. Tout d’abord colorée, ma langue explose sous l’ouragan acide de cette magicienne qui sait si bien cacher sa vraie nature. Je me lève et tente de résister à cette force aussi bonne qu’agressive. Elle se calme pour se détendre et devenir pâte qui se mâchera jusqu’à en oublier son goût.

La grille s’ouvre… le sachet de Pipas sera pour ce soir quand je redescendrai pour rentrer chez moi.

Je suis tellement content.

Aujourd’hui j’ai eu 2 francs.

Et cette pièce change la journée des enfants.

De ONE LOVE à EDEN KARMA 66

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