Ecrire mon monde

Mes mots au fil des jours, mes phrases pour partager, des pages pour aller vers ce roman.

Miroir

Le miroir me fait face. Quel reflet pour me parler ? Quel visage qui se dérobe ? Que vois-je quand je me noie dans cet allié, cet ennemi de ma vie ?

Des amitiés perdues, des affinités retrouvées et les instants où l’on se jure que rien ne pourra nous séparer.

Des rides naissantes et ce temps foudroyant. Ils grandissent, je vieillis et deviens si terrifié par …

De la fierté pour me dire que tout va bien et repartir dans le passé où le miroir me projette en ces jours à serrer les dents pour gagner ma place dans mon paradis d’aujourd’hui.

Mes démons qui me tapent sur l’épaule. Ils sont moi et je ne suis plus eux.

Mes victoires.

Je regarde mes larmes qui brillent et me rendent si fragiles, force inouïe, clé pour le magnifique.

Mes doutes.

J’aperçois un futur discret qui ose toiser mes rêves. Je distingue le haut d’un sommet encore lointain et réalise qu’il reste tant d’efforts.

Mes remords.

Je vois si peu de haine. Elle semble s’être retirée au détour d’une résilience discrète.

Mes peines.

Je ne perçois plus la jalousie de ceux qui vivaient dans ce calme assuré et illusoire.

Mes défaites.

Je fais face à mon sourire.

Je m’égare dans les yeux de mes enfants.

Mes joies.

Je fixe pour déverser, une fois de plus, cette sensibilité qui électrifie mes tripes. Me livrer pour exister. Écrire pour ne plus être absent.

Et j’aperçois, enfin, la main de mon épouse traversant le miroir. Celle qui vient me happer pour consoler la certitude que je suis aujourd’hui à ma place …

 De ONE LOVE à EDEN KARMA112

La France

On crie. On danse. On manifeste. On prie. On vit. On se bat. On pleure. On gagne. On perd. Mais jamais, on ne s’agenouillera pas devant quelqu’un.

On est sale, impoli, dragueur, impertinent, vaillant. Notre bisou dépasse nos frontières et l’amour de nos bancs se chante et se rêve. Notre excès à manger et boire vient servir les mots de Rabelais qui osaient croire que l’on se réconcilierait tous « à la gamelle ».

Le peuple de la liberté. Le pays des droits de l’homme. La patrie de la fraternité.

Ce combat permanent entre l’équité et l’égalité.

Des villes qui se perdent à hurler. Des rues qui s’inondent de revendications. Des places qui s’embrasent pour s’effacer dans des affrontements où tous se jugeront. Mais jamais, on ne s’agenouillera devant quelqu’un.

La France où l’on aide. La France où l’on soigne ceux qui n’ont pas le sou. La France où l’on accueille.

On se disloque à ne plus s’aimer. On se distille à ne jamais vouloir être en accord. On s’enrichit des défauts de l’autre pour beugler sa perfection. Mais jamais on ne s’agenouillera devant quelqu’un.

Que je ne chante pas la Marseillaise d’un premier couplet osant « le sang impur » et que je préfère fredonner l’autre ; « Amour sacré de la patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs, liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs ».

On a tué nos rois, on a balayé nos empereurs, on critiquera notre démocratie et on se mélangera pour s’appartenir sans le dire. De nos qualités à nos défauts, on se veut autre mais on n’osera affirmer que l’on est mieux ailleurs.

Je les hais autant que je les aime. De la fierté que je ne renierai pas. Celle du pays où je suis né. Celui qui m’a toujours appris à se battre pour se faire entendre. Celui qui m’a toujours appris à ne pas s’agenouiller devant quiconque oserait ôter la liberté de penser, de parler et d’aimer. Celui qui m’a toujours appris qu’il y aura de l’espoir quand on résiste.

La couleur, la religion et les frustrations font vaciller cette vieille dame mais rien ne la fera se soumettre au silence ni s’agenouiller devant quelqu’un.

Cette France qui tend la main. Cette réalité de vivre où tout le monde parle sans s’écouter.

Ce pays de la liberté où l’on peut dire ce que l’on veut.

Millions de cœurs 69

L’odeur de la Glycine

La bouillote n’est plus très chaude et le tic-tac infernal du réveil me sort de rêves colorés.

Je perçois la lumière du jour au travers des volets. De fins rayons viennent s’effondrer sur le vieux parquet de la chambre où la poussière se distingue comme des flocons de neige perdus dans ce dégradé de bois vieilli. Le chant des oiseaux, le tumulte lointain de la vie ainsi que la radio oubliée de ma grand-mère compose la symphonie douce de ces matins d’été où tout est calme.

Je me lève, descend ces escaliers qui craquent et troublent la vie d’araignées cachées depuis l’aube.

J’ai, maintenant, hâte de sortir, de m’évader et de jouer …

Le ciel bleu m’accueille avec sa chaleur et des insectes taquins devenus maîtres des lieux.

Je monte sur la remorque du tracteur et deviens pirate. Un bâton comme épée et je vire de bord car on attaque mon navire.

Je me transforme en footballeur de l’équipe de France. Je dribble, tire et m’imagine Platini qui gagne la coupe du monde. Le mur me renvoie le ballon et mon dribble est imparable.

Je passe, ensuite, voir les lapins derrière la grange. Je leur parle mais leurs yeux immenses ne me renvoient rien. De la tristesse peut-être…

Les poules s’avancent vers moi sur le chemin de la forêt. Quelques graines de maïs et le poulailler s’affole.

Ma cabane est si belle. Je suis Robinson Crusoé de la campagne qui a su construire le monde qui le protège. Je rêve et me crois. Je parle fort car il n’y a plus personne qui ne peut perturber mes songes.

Je prends un carton pour glisser sur les herbes sèches et hautes du mois d’août. L’air me caresse le visage quand je dévale la pente à toute vitesse.

Je pars, maintenant, dans le village et les murs sont mes routes. Je suis un funambule et m’arrête quelques minutes chez ce vieux gentil qui vend des fraises tagada.

On ira en Manicle cette après-midi mais je dois revenir car il est déjà l’heure de manger.

Avant de rentrer, je plonge dans le mur couvert par les glycines. Quelques abeilles se perdent dans le violet discret des pétales de ces fleurs au parfum divin. L’odeur aussi délicate qu’envoutante me poursuivra, je l’espère, très longtemps. Symbole d’ici, de cette époque… quand j’avais neuf ans, et que l’année 1988 se conjuguait avec les semaines passées chez ma mémé.

 De ONE LOVE à EDEN KARMA114

Quand je serai grand, je pourrai toucher le ciel

« Tu es grand maintenant mon fils.

Non papa, je suis petit encore. Je suis petit car je ne peux pas toucher le ciel. »

Ces mots m’offrent un vertige somptueux. Il n’y a plus que mes larmes et son regard d’enfant.

Quand je serai grand, je toucherai le ciel. Une mélancolie me souffle dans le cœur en me remémorant ces années où il suffisait d’attendre, de grandir et de croire en ce jour où l’on décrocherait cette lune qui berce nos rêves.

Un jour, je trouverai ce trésor.

Un jour, j’irai derrière cette chute d’eau magique.

Un jour, je serai dans les vagues avec mes enfants.

Un jour, je lui tiendrai la main.

Un jour, je serai à ma place, au bout de la tablée de ma famille.

Et encore quelques songes qui ne sont pas encore embrassés. Je flotte. Ailleurs.

« Et papa ?

Quoi ?

Tu penses à quoi ?

A toi, à nous, à vous … Allez, on joue ? »

De ONE LOVE à EDEN KARMA111

Une histoire de la famille Fleurs rose

Il y a très longtemps, dans une forêt lointaine, vivait un clan magique. La Famille Fleurs rose.

Tous les membres avaient un pouvoir. Un don propre offert par la fée de la forêt depuis la naissance.

Les jours s’écoulaient avec grâce et amour. La famille Fleurs rose veillait sur le village du comté et les sourires illuminaient les montagnes enneigées protectrices de la vallée.

Mais un jour, un méchant prénommé Feuillage vert voulut prendre le contrôle de ce paradis. Il fabriqua une machine pour dérober les pouvoirs de la famille Fleurs rose.

Et par une matinée pluvieuse, il prit les aptitudes magiques de la famille.

Le soleil se perdit derrière des nuages sombres, les sourires disparurent et les fleurs fanèrent.

Il fallait réagir pour ne pas que le village sombre dans l’obscurité à tout jamais.

Les Fleurs rose avaient un plan. Ils allaient entrer dans le château en cachette, pendant que Feuillage vert dormait.

Une nuit d’orage, ils prirent la machine où il y avait les pouvoirs. Après être sortis du château, ils détruisirent ce robot maléfique en le jetant de la montagne.

En percutant les rochers, les pouvoirs s’évadèrent de cette maudite machine. Ils volèrent dans le ciel pour revenir dans le cœur de chacun de leur maitre.

Le lendemain, sous un ciel aussi bleu que l’océan, Feuillage vert fût capturé puis mis en prison.

La ville était sauvée du mal et les Fleurs rose devinrent des héros.

Maintenant si vous avez un problème, il suffit d’appeler la famille Fleurs rose, et ils viendront tout de suite.

Fin

Clara VINDRET  23 mars 2022

Les histoires de l’éléphante 1

Si loin de toi

Depuis toujours, tu m’as supplié d’être mieux que toi. Élevé à devenir ce que tu n’as pu atteindre, tes valeurs, aussi belles et fortes qu’elles furent, m’ont éclipsé de ta personne.

Si loin de toi, je ne peux que te raconter.

Le soleil se reflète sur l’eau emportée par le courant haletant gavé des neiges de l’hiver. Le ciel se parsème de ces éphémères subtils de ta sensibilité. Les couleurs de la forêt se réchauffent et les truites dandinent leur silhouette par-delà les galets du lit du ruisseau. J’aperçois ton ombre et entends la mélodie douce du fil dansant au gré du fouet. Ta mouche virevolte et tu la déposes délicatement à la surface.

Et bientôt c’est le gobage de l’ombre caché dans un contrefort de rochers. La canne plie à l’excès et tu deviens chef d’orchestre de ce tableau de maître.

Tu m’as conduit à d’autres rêves et ta perfection n’est pas la mienne. Si loin de moi. Je suis ailleurs mais reste celui qui rêve encore du pouvoir de l’onde claire des jours de printemps. Car, reviendra, sans cesse, cette fin d’après-midi de mai. Ce jour où j’ai vu l’homme au fouet qui domptait les poissons.

De ONE LOVE à EDEN KARMA110

Danser avec les démons

J’ai voulu les combattre, les terrasser, les mettre à terre … Et j’ai perdu.

J’ai rêvé de les oublier mais ils sont, à chaque fois, revenu me narguer.

J’ai osé les mépriser et ils ont hurlé à m’en rendre sourd.

Je me suis persuadé d’être ce radeau à la dérive dans une mer déchainée et ils ont ri de mon désarroi, vantards d’être devenus moi. J’ai crié, pleuré et détesté tous ceux qui défient l’obscurité. Mes phrases n’avaient plus de goût et les mots effacés de leur saveur.

A trop vouloir la lutte acharnée, je ne respectais plus la vérité qu’ils seraient là à jamais.

Je devais me résilier, avancer, ne plus me lamenter.

Mes pas se sont éclairés quand est venu le jour où j’ai accepté leur présence. Ils seront là et je serai autre. On dansera ensemble et je serai moi. Ils seront moi et je deviendrai lumineux.

Venez mes démons …

De ONE LOVE à EDEN KARMA109

Cerisiers et Magnolias

L’hiver se meurt. La vie accouche de teintes, d’odeurs et de sons nouveaux. Les arbres se réveillent et chantent l’ode au fabuleux.

Et comme toutes les naissances, on tangue, on vacille parfois un peu. Fragilité et existences éphémères se succèdent pour combler le vide froid de la saison d’avant.

Je marche dorénavant vers l’espoir des jours plus clairs. Le soir me laisse profiter du ciel rose des fins de journées réchauffées par le soleil. Ma rétine s’imprègne de cette couleur. Je flotte, maintenant, dans les pétales de cerisiers. La forêt a décoré son chemin et semble s’assortir avec le couchant. Je croise cet arbre qui laisse échapper ses bouquets saumonés. J’effleure l’écorce de ma main, puis les fleurs…

Bientôt un Magnolia immense se dresse sur mon chemin. Son aisance à se confondre avec les nuances de son voisin m’élance dans un balai de volupté.

Le ciel du soir. Les cerisiers. Les magnolias. Le rose …

Le printemps est né, une nouvelle histoire peut commencer.

De ONE LOVE à EDEN KARMA108

TIC-TAC infernal

Le soleil se lève pour se perdre dans l’horizon. Les saisons s’effilent, les nuits valsent, les jours se hâtent et le temps nous effraie. Tic-tac, tic-tac, impermanent, perpétuel, incandescent.

Le mouvement sans fin de la petite aiguille de la vie noircit mes solitudes et me perd dans cette existence qui connaîtra ce dénouement que je ne veux comprendre.

Je cours. Je m’enfuis.

Jour. Nuit. Demain. Hier. Aujourd’hui. Avant. Après.

Les secondes se suivent inexorablement. Les bâtiments qui respirent des histoires d’avant seront détruits pour laisser la place à d’autres récits. Les champs se moissonnent, les feux s’éteignent et les bonhommes de neige s’oublient.

Il est déjà trop tard pour s’ennuyer et revenir en arrière. Des souvenirs mélancoliques offrent la croyance d’avoir bien vécu. Sortilège.

Des espoirs pour le futur. Des remords pour le passé. Et cette sensation tenace de ne pouvoir dompter le présent.

Je m’élance, donc, dans un tango brutal rythmé par la musique du temps.

Mes plus belles années sont là mais je ne peux que ressentir la tristesse car elles seront déjà anciennes. Le bientôt resserre ma respiration.

Je suis un esclave magnifique ,enchainé par les mouvements de l’horloge de la vie. Je deviens le passager de la galère somptueuse qui se perdra pourtant dans les chutes de l’oubli. 

Et c’est déjà demain…

De ONE LOVE à EDEN KARMA106

Dans leurs yeux

Dans les yeux des enfants tout semble se dévoiler de façon si lointaine. La vie glisse avec tant de différence.

Les images, les songes et toutes les naïvetés flottent au-delà de leurs pupilles. Des larmes, de la joie, de la fureur et tant d’amour inondent leurs rétines nouvelles.

Que voient-ils d’autre que je ne perçois plus ?

Dans leurs yeux, il y a de la magie mais dans la nôtre respire la crainte.

Dans leurs yeux, les trésors illuminent les sources des arcs-en-ciel tandis qu’il ne nous reste plus que la quête désespérée du bonheur.

Dans leurs yeux, les couleurs saturées des dessins animés bercent les paysages et pour nous voilà la guerre.

Dans leurs yeux, on tend la main pour aider et défier l’obscurité, mais dans nos regards, il ne passe plus que des égos masqués pensant détenir la vérité. On réfléchit et ils vivent. On se veut savants et ils crient leur joie.

Je me rends à l’espoir, cours pour oublier le mal, le profit, l’égoïsme et la maladie. Je ne peux pourtant que naviguer au large de l’île de mon utopie …

Où est cette odeur d’herbe au printemps ? Que devient la valse du soleil avec notre terre ? Peut-on encore marcher dans les pétales roses des cerisiers en fleurs ? Et le gout salé de la mer après avoir plongé dans la vague ?

Je voudrais revoir à travers leurs yeux.

Je voudrais retrouver cette certitude, sans doute désuète, que voir le beau nous sauvera du mal.

De ONE LOVE à EDEN KARMA107