… ce temps perdu

… ce temps perdu


Marcel Proust était à la recherche de son temps perdu et je me souviens du mien, larmes aux yeux.
Là-bas, à l’ombre des bâtiments, la couleur de peau ne nous définissait pas. On venait d’un immeuble, d’une ville, d’une équipe. Aujourd’hui, je ne pourrais pas me permettre ces blagues qui nous faisaient tant rigoler. Nous étions ces gamins qui se moquaient de leurs races, de leurs cultures sans perdre la loyauté de l’amitié. On pouvait se chambrer sur tout, sans blesser. Peu confiants et craintifs, on sifflait les filles, sans jamais les rabaisser, dans l’espoir qu’elles se retournent pour nous sourire.
Et même si mon voisin priait ou que ma voisine allait à la messe tous les dimanches, on se tendait la main et partageait nos coutumes sans reculer ni avoir peur. Dans ces bruits et ces odeurs qui n’étaient pas braises incandescentes, on se partageait les chocolats de Pâques et l’on dégustait les pâtisseries du ramadan. Sur le banc, il y avait un noir, un arabe, un chinois, un blanc et la religion restait à la maison. Nous étions ces gamins qui ne se jugeaient pas, destins différents mais cœurs en commun. On croquait dans la même pomme et buvait dans la même bouteille. Malgré les rites lointains des dieux secrets, on savait qu’on était pas si différents. Il y avait les méchants, les gentils, ceux du bâtiment et les autres. Les basketteurs et les footballeurs…
Quand le soir, nos mères criaient notre prénom, on rentrait sans chercher à défier, juste pour leur montrer que l’on était bien élevé. Nos rêves étaient plus lointains que notre cité et on savait que le travail ferait de notre chemin la voie la plus exquise possible.
Mais ce temps est perdu malheureusement… Je suis dorénavant ce vieux qui chuchote que c’était mieux avant pendant que nos gamins se musèlent de fausses appartenances.
                                

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